Motivation scolaire : comment la (re) trouver jusqu’à la fin de l’année ?

Article mis à jour le 19 octobre 2021
Il est souvent compliqué de déceler l’étincelle de la motivation au fond des yeux des élèves. Mais avant de les aider à retrouver cette motivation, entendons-nous sur ce qu’elle signifie : qu’est-ce que la motivation, concrètement ?

Le premier semestre est maintenant écoulé et vient le temps des premiers constats. Nos élèves ont eu de nombreuses notes, pour certaines cohérentes par rapport à leurs attentes, pour d’autres en deçà. Or, de telles notes, tout comme le climat dans lequel ils évoluent, les affectent. Et affectent leur envie de travailler : entre scolarité alternée, épreuves annulées, incertitudes quant aux autres épreuves, Parcoursup…, il est souvent compliqué de déceler l’étincelle de la motivation au fond de leurs yeux. Mais avant de les aider à retrouver cette motivation, entendons-nous sur ce qu’elle signifie : qu’est-ce que la motivation, concrètement ?

La ou les motivations ?

La motivation est un des éléments essentiels de la réussite. C’est la motivation qui permet d’avancer, de persévérer, d’atteindre ses objectifs, de se développer… Le terme de motivation vient du mot latin « movere » qui signifie se mouvoir. Ainsi, la motivation renvoie au mouvement, au fait de se mettre en action. Elle est en quelque sorte le moteur qui nous pousse en avant, le mécanisme qui permet à la machine de fonctionner.

On comprend ainsi mieux pourquoi il est si difficile de « se motiver ». La motivation est à la fois une cause et une conséquence. Une cause car c’est elle qui donne l’impulsion, se trouve à l’origine de persévérance de la mise au travail mais aussi une conséquence car elle résulte d’un ensemble d’éléments qu’il est bon de travailler sur le long terme.

Plutôt que d’évoquer la motivation, il serait plus juste de parler DES motivations. En effet, elles peuvent être nombreuses et de différents types.

Nous pouvons être mus par des motivations « extrinsèques ». Ainsi, un élève qui dit aller en cours avant tout pour « retrouver ses amis » ou parce qu’il y est « obligé » obéit à une motivation extrinsèque, c’est-à-dire tournée vers les conséquences (positives ou négatives) de son assiduité scolaire. Cela revient à la mécanique de « la carotte et du bâton » : c’est la perspective d’une récompense ou d’une punition qui fait agir.

Nous pouvons également être mus par des motivations dites « intrinsèques ». Ici, c’est l’activité en elle-même qui est source de motivation, comme l’élève qui va en cours parce qu’il « aime apprendre », par exemple. Ce type de motivation perdure malgré les difficultés ou les modifications de l’environnement : une personne pratiquant le tennis avant tout par goût ne mettra pas fin à sa pratique si elle perd des matchs ou si elle souffre de courbatures à la suite d’un entraînement.

Il ne s’agit pas de hiérarchiser ces types de motivation ou de préférer l’une à l’autre. Les deux sont légitimes. Cependant, et contrairement à ce que l’on peut penser intuitivement, des études ont montré que si les récompenses accentuent les efforts dans un premier temps, elles finissent par altérer la motivation intrinsèque. Il est donc important d’être prudent lorsqu’on cherche à « motiver » son enfant en le récompensant pour son travail scolaire :  le risque est que celui-ci perde de vue le sens même des apprentissages au bénéfice de l’unique recherche de profit.

Quoi qu’il en soit, le manque de motivation n’est pas une question de paresse : il n’existe pas d’enfant « fainéant » à proprement parler. Les élèves qui n’agissent pas n’ont simplement pas trouvé le bon moteur ou l’ont abimé. Il y a toujours des choses qui se cachent derrière le comportement apparemment apathique ou nonchalant d’un élève et il est nécessaire de s’interroger sur l’origine du ou des déséquilibres.

La théorie de l’autodétermination ou les trois clés de la motivation scolaire

La théorie de l’autodétermination a défini trois éléments principaux de la motivation scolaire : le besoin de compétence, le besoin d’autonomie et le besoin de lien social.

Pour avoir envie de travailler, un élève a d’abord besoin de se sentir capable de réussir. S’il pense qu’il n’a pas les ressources et les capacités pour mener à bien une tâche, il va être compliqué pour lui de persévérer. Cela est également intimement lié au besoin d’autonomie : l’élève a aussi besoin de développer petit à petit des compétences qui lui soient propres pour donner du sens à ses actions. On rencontre souvent à l’adolescence des élèves qui refusent catégoriquement toute méthode ou tout conseil venant de leurs parents. C’est l’expression même du besoin d’autonomie au niveau scolaire. Le besoin de lien social entre aussi dans les éléments qui favorisent la motivation. En effet, se sentir appartenir à un groupe, percevoir son rôle au sein d’un ensemble, échanger, travailler avec des pairs est capital dans la construction de l’individu et dans sa représentation de sa propre scolarité.

L’absence ou le manque de motivation est généralement lié à un déséquilibre dans la satisfaction de ces besoins. Une trop grande intervention dans le travail de l’élève crée un sentiment d’envahissement et d’incompétence (« sans papa ou maman je ne peux pas y arriver » ) qui finira par créer la sidération et l’absence d’initiative. De même, un élève livré à lui-même aura du mal à développer les compétences nécessaires pour se sentir à l’aise dans ses apprentissages. L’autonomie est un savoir-faire qui s’apprend petit à petit et qui se doit d’être accompagné.

L’amotivation, ou absence de motivation, est donc une sorte de cercle vicieux :

 

Le sentiment de compétence naît de l’encouragement lié aux réussites mais aussi des échecs qui trouvent explication : identifier ce qui a fonctionné ou non, et donc savoir comment reproduire un succès ou agir différemment pour éviter un nouvel échec, est une des clés de la motivation.

La boîte à outils de la motivation, quelques idées pour relancer la machine

La motivation est, on l’a vu, un système complexe. Voici une liste évidemment non exhaustive de petits changements à mettre en œuvre dans le quotidien et qui, mis bout à bout, permettront de retrouver l’envie de travailler.

Commençons par ce qu’il convient d’éviter, c’est-à-dire les récompenses excessives et disproportionnées qui altèrent la motivation intrinsèque. Il est important ici de ne pas confondre « récompense » et « encouragement ». De même, les punitions et les menaces qui instaurent la peur et le stress sont extrêmement néfastes pour les apprentissages.

Il est plus bénéfique de mettre son enfant face aux responsabilités en le confrontant de manière bienveillante à ses difficultés et en lui permettant de faire émerger des solutions. Plus les solutions mises au jour lui seront propres, plus il sera à même de les mettre en place et de les respecter dans le temps. Il est important qu’il puisse s’attribuer ses victoires et en tirer de la satisfaction : mieux vaut donc éviter les comparaisons, qui nient les efforts au profit de la compétition, souligner un progrès même s’il est minime, l’encourager à être fier de lui…

La fixation d’objectifs successifs est enfin un outil puissant pour entretenir le cercle vertueux de la motivation : découper des buts à long terme en tâches intermédiaires permet de multiplier la satisfaction liée à l’atteinte d’un objectif, satisfaction qui vient nourrir la motivation. Cependant, pour devenir une vraie source de motivation, les objectifs fixés doivent réellement être ceux de l’élève.

À chaque âge sa source de motivation

Les sources de motivation sont évidemment différentes d’un enfant à l’autre, d’un individu à l’autre, mais elles dépendent aussi de l’âge : chacun a aussi ses leviers privilégiés ; les identifier est essentiel pour agir efficacement sur la motivation de son enfant ou de son ado.

Au collège, se préparer pour le lycée

Donner du sens à l’apprentissage, conscientiser les raisons pour lesquelles on apprend est un des leviers les plus efficaces chez les jeunes ados : ils ont besoin de comprendre pourquoi ils travaillent, afin de raviver la flamme d’une motivation parfois chancelante.

Les collégiens, en particulier, semblent quelquefois souffrir plus que de raisons d’un manque de motivation. Les distracteurs sont nombreux, entre besoin contrarié de sociabilité, passe-temps divers et variés, construction dans l’opposition… Pour leur donner un but, une raison de travailler, on leur demande souvent de réfléchir à leur orientation, à leur futur. Mais, étant donné les circonstances et l’incertitude ambiante, et étant donné que même les lycéens ne savent pas forcément quoi faire après le bac, il est difficile d’entretenir le feu sacré par ce moyen.

Donner du sens aux apprentissages en les projetant est possible, à condition de le faire à plus moyen terme. Il est important en particulier que les enjeux du collège soient bien compris, car la vision des élèves est souvent, et cela se comprend, à très court terme. Le brevet, obtenu par la grande majorité des élèves et de surcroit souvent avec mention, n’est pas un objectif suffisant.  La classe de seconde est le véritable objectif à viser. En effet, la transition entre le collège et le lycée est souvent douloureuse : l’approche méthodologique, la somme de travail à fournir, l’encadrement par l’établissement… tout est différent. Les élèves bénéficient soudain d’une autonomie pour laquelle ils ne sont souvent pas prêts et qu’ils ont donc du mal à gérer. Ainsi, l’objectif du travail de collège est avant tout d’acquérir les bases notionnelles nécessaires pour l’entrée au lycée, de s’approprier une méthodologie de travail efficace et de tendre, lentement, classe après classe, vers l’autonomie.

Au lycée, choisir son orientation

S’il est important de donner du sens au travail pour entretenir la motivation, il est crucial de savoir dans quel sens orienter sa vie (scolaire, mais pas que). En effet, un des meilleurs moyens de raviver les braises de la motivation est de déterminer un objectif, c’est-à-dire un cursus scolaire et professionnel vers lequel travailler.

Le contexte actuel, avec la scolarité en journées ou en semaines alternées, a des incidences sur la motivation des grands ados. Il peut être difficile pour beaucoup de travailler avec régularité dans un tel contexte. Mais en ayant bien à l’esprit la finalité de ce travail, à savoir l’obtention d’un diplôme déverrouillant l’accès aux études supérieures, on peut (re)trouver une motivation et un encouragement.

Motiver un élève en lui faisant comprendre qu’il travaille en vue de son cursus postbac nécessite forcément que le cursus en question soit clair à ses yeux, et qu’il ait donc été clairement déterminé en amont. Or, 4 élèves de terminale sur 10 ne savent pas quoi faire après le bac, et 46 % de ces mêmes terminales estiment avoir été mal accompagnés par les établissements.

Cet indispensable travail sur le projet d’orientation postbac se fait par étapes : en seconde, l’objectif est surtout de choisir ses enseignements de spécialité de première (pour la voie générale) ou une série (pour la voie technologique) qui permettront de travailler avec envie tout en étant motivé. En première générale, le choix concerne les deux spécialités qui seront conservées et approfondies en vue du supérieur, ce qui implique d’affiner son projet d’orientation.

Les élèves de terminale qui ont habituellement des choix cruciaux à faire vivent cette année une période particulièrement difficile et qui veut vraiment s’avérer démotivante. Au-delà de l’alternance de la scolarité, ils ont dû faire face à l’annulation des importantes épreuves de spécialité, qui seront évaluées en contrôle continu, et l’incertitude du passage des épreuves de fin d’année demeure. L’importance prise par la moyenne des trois trimestres, qui viendront remplacer les notes des épreuves annulées, exige de maintenir ses efforts, et donc sa motivation, tout au long de l’année. Voilà pourquoi savoir pourquoi l’on travaille et avoir un vrai projet d’avenir est si essentiel pour nos grands ados cette année.

« Croyez en vos rêves et ils se réaliseront peut-être. Croyez en vous et ils se réaliseront sûrement. » disait Martin Luther King. Il est essentiel que nos collégiens, lycéens, ados ou grands ados, aient des rêves, des projets, des envies de grandeur, de folie, d’orientation ambitieuse… Laissons-les croire en leur rêves, croyons aussi en leur rêves mais croyons surtout en eux, et aidons-les à croire en eux. Ce faisant, nous pourrons les aider à entretenir leur motivation et à faire de leur rêve une réalité, à coup sûr.

L'auteur
Manon Dauzat exerce en tant que coach scolaire au sein d’Acadomia. Elle intervient auprès des collégiens, et des étudiants pour les accompagner sur les problématiques liées aux apprentissages : motivation, organisation, méthodologie…Elle anime régulièrement des Lives sur Facebook aux cotés de Guillaume Fernandez pour traiter de thèmes liés au parascolaire.
Laisser un commentaire
Commentaires
*
*

L'auteur
Manon Dauzat exerce en tant que coach scolaire au sein d’Acadomia. Elle intervient auprès des collégiens, et des étudiants pour les accompagner sur les problématiques liées aux apprentissages : motivation, organisation, méthodologie…Elle anime régulièrement des Lives sur Facebook aux cotés de Guillaume Fernandez pour traiter de thèmes liés au parascolaire.

Tags

Articles