Les femmes moins douées pour les sciences ? Mythe ou réalité ?

Article mis à jour le 15 février 2021
Parmi les nombreuses croyances qui imprègnent notre société et nos vies quotidiennes, l’une d’elles, particulièrement tenace, prétend que les femmes seraient peu douées pour les sciences mais qu’elles auraient en revanche plus de facilités pour les matières littéraires et les langues.

Parmi les nombreuses croyances qui imprègnent notre société et nos vies quotidiennes, l’une d’elles, particulièrement tenace, prétend que les femmes seraient peu douées pour les sciences mais qu’elles auraient en revanche plus de facilités pour les matières littéraires et les langues. Faisons donc le point sur ce qu’en disent les statistiques et les recherches en psychologie et sociologie.

Tout d’abord, force est de constater que les données statistiques tendent à montrer un désintérêt des filles pour les domaines scientifiques. En effet, si l’on considère les choix de spécialités de terminale réalisés par les lycéens en 2020, on voit que seulement 41,9 % des élèves inscrits dans la spécialité mathématiques sont des filles, alors qu’elles représentent 79,8 % des effectifs de la spécialité humanités, littérature et philosophie.

Cette tendance se confirme également lors de la formulation des vœux sur Parcoursup, la plateforme d’admission dans le supérieur. Par exemple, bien que représentant 45,4 % des élèves demandant une CPGE (classes préparatoires) à l’issue de la terminale, les candidates féminines sont très inégalement réparties selon les filières : elles n’atteignent que 35 % des demandes en filière scientifique, contre plus de 70 % pour la filière littéraire et un peu plus de la moitié dans la filière économique et commerciale. On retrouve cette disparité à l’université : les filles représentent 72 % des inscrits en Langues, et seulement 28 % des inscrits en Sciences.

Nous pourrions voir ici une simple affaire de goût pour l’une ou l’autre des disciplines, que les élèves expriment d’ailleurs dès le collège. Néanmoins, des écarts dans la réussite académique des uns et des autres sont visibles dès l’entrée en sixième, écarts qui pourraient grandement orienter les préférences de chacun. En effet, les filles obtiennent une moyenne inférieure de 3 % à celle des garçons aux évaluations des acquis en mathématiques à l’entrée en 6ème, tandis que les garçons présentent une moyenne inférieure de 5 % par rapport aux filles en français.

Mais alors comment expliquer ces écarts de réussite qui pourraient engendrer une affinité et un investissement plus marqués dans l’une ou l’autre des disciplines ?

Les recherches en psychologie et en sociologie peuvent ici apporter quelques réponses, et plus particulièrement les recherches consacrées au champ des stéréotypes. Les stéréotypes sont des croyances positives ou négatives à l’égard d’un groupe de personnes. Les mauvaises performances des femmes dans les domaines scientifiques en font (hélas !) partie.

En 1995, les chercheurs américains Steele et Aronson ont montré que face à une situation où un stéréotype pourrait s’appliquer pour expliquer un comportement ou une performance (bonne ou mauvaise), le fait de craindre de manière plus ou moins consciente que nos actions ne soient uniquement jugées à partir de ce stéréotype va entraîner une modification de notre comportement. On parle alors de « la menace du stéréotype ». Par exemple, si une femme doit participer à un jeu d’orientation avec des collègues masculins, alors qu’un stéréotype dit que les femmes n’ont pas le sens de l’orientation, celui-ci va avoir un impact sur sa performance, si bien qu’elle risque effectivement de réussir moins bien le jeu d’orientation qu’elle n’aurait pu le faire dans un autre environnement. Il s’agit en d’autres termes d’une prophétie auto-réalisatrice. Et on conclura fatalement que si une femme est mauvaise en jeu d’orientation (ou en maths), ce n’est pas parce qu’elle n’est pas douée, mais précisément parce qu’elle est une femme.

D’autres travaux ont montré que ce phénomène est bien présent dans les situations d’évaluation scolaire, et qu’il pourrait, du moins en partie, expliquer les moins bonnes performances des femmes en sciences et donc justifier qu’elles se détournent des disciplines dans lesquelles elles se sentent moins compétentes que les hommes.

Reste maintenant à s’interroger sur l’origine de ces stéréotypes et sur la façon dont nous les intégrons au point qu’ils influencent nos performances quotidiennes. Comprendre la façon dont ils se forment peut permettre de s’y opposer voire de tordre définitivement le cou à ce qui apparait bel et bien comme des mythes !

Les stéréotypes sont avant tout des croyances, pour certaines profondément ancrées dans notre société et notre quotidien. Sans en avoir conscience, nous activons fréquemment ces stéréotypes, y compris avec nos enfants. Nos croyances aux sujets des hommes et femmes, des rôles et des talents de chacun va influer sur nos comportements et nos attentes à leur égard. Ainsi, dès leur plus jeune âge, nous avons tendance à davantage solliciter les garçons sur des activités motrices et visuo-spatiales et à favoriser le langage et la sociabilité chez les filles. Ce faisant, non seulement nous entretenons ces croyances mais nous participons au développement de compétences distinctes selon les sexes !

Pour encourager les filles à exceller dans les sciences et donc en premier lieu à s’y engager par plaisir, renforçons leur foi en leurs compétences, quel que soit le domaine, et ce dès le plus jeune âge. Ce n’est qu’ainsi qu’elles pourront résister à la menace des stéréotypes qui pèsent sur elles !

Sources : HEADway Advisory (https://blog.headway-advisory.com/specialites-du-bac-les-choix-des-eleves-en-2020/)

Ministère de l’enseignement supérieur de la recherche et de l’innovation (https://publication.enseignementsup-recherche.gouv.fr/eesr/FR/T173/la_parite_dans_l_enseignement_superieur/#ILL_EESR13_ES_12_03)

https://www.ac-strasbourg.fr/fileadmin/public/statistiques/2020_14_MARS_FILLES_GARCONS.pdf

Marie-Christine Toczek, « Réduire les différences de performances selon le genre lors des évaluations institutionnelles, est-ce possible ? Une première étude expérimentale… », L’orientation scolaire et professionnelle [En ligne], 34/4 | 2005, mis en ligne le 28 septembre 2009,

L'auteur
Aurélie Poulin travaille au sein du département pédagogie d’Acadomia. Experte en psychologie et neurosciences, elle participe à la conception des solutions d’accompagnement proposées à nos élèves pour la réussite de leur scolarité dans le cadre parascolaire.
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Aurélie Poulin travaille au sein du département pédagogie d’Acadomia. Experte en psychologie et neurosciences, elle participe à la conception des solutions d’accompagnement proposées à nos élèves pour la réussite de leur scolarité dans le cadre parascolaire.

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