La confiance en soi à la base des apprentissages

23 mars 2021
Dans une atmosphère émotionnelle tendue et sous stress, l’enfant n’est pas à même de développer ses compétences cognitives et n’est pas disponible pour les apprentissages scolaires. C’est pourquoi il est très important de capitaliser sur la confiance en soi.

Nous avons tous déjà entendu des phrases comme : « Ce n’est pas possible de ne pas comprendre ça » ou « Tu le fais exprès ou quoi ? »… Tant de phrases qui remettent en cause les CAPACITÉS de compréhension, tant de phrases qui questionnent, bousculent et remettent en cause la confiance en soi.

En cette période particulièrement difficile, dans ce climat anxiogène et perturbé, nos enfants doivent malgré tout continuer à travailler, continuer à faire des efforts, continuer à apprendre… Nous vivons dans un contexte scolaire dans lequel la note est importante, la note semble être le seul résultat mesurant la qualité du travail et de l’apprentissage. Et lorsqu’on parle d’apprentissage, on pense en général à la méthodologie, aux exercices d’application, aux fiches de révision… Un élément important, et même essentiel, est parfois oublié : la confiance en soi ! C’est un élément majeur, un des piliers à la base des apprentissages.

Ces phrases citées précédemment, souvent entendues, contribuent à intensifier le climat difficile dans lequel nos enfants grandissent et apprennent. Il faut donc veiller au climat dans lequel nous faisons apprendre nos enfants. L’éducation par la peur est maintenant révolue. Le temps de l’enseignant qui terrorise sa classe, causant tant de dégâts, est révolu. Il est temps de prendre en compte les nouvelles données en matière de neurosciences pour une éducation plus consciente.

Une étude de l’INSEE datant de 2014 (enquête auprès de 7000 enfants de 6 à 18 ans) nous montre que 45 % des enfants et des jeunes sont angoissés de ne pas réussir. Le terme est fort : angoissés. Et le pourcentage important : presque la moitié. Ce sentiment, cette peur de ne pas réussir est donc très présente.

Dans une atmosphère émotionnelle tendue et sous stress, l’enfant n’est pas à même de développer ses compétences cognitives et n’est pas disponible pour les apprentissages scolaires. C’est pourquoi il est très important de capitaliser sur la confiance en soi.

Estime de soi et confiance en soi

Commençons tout d’abord par distinguer deux notions complémentaires : l’estime de soi et la confiance en soi.

L’estime de soi se situe au niveau de « l’être ». C’est la vision qu’a l’individu de lui-même, ses qualités, ses défauts, son caractère, comment il se représente en tant que personne.

La confiance en soi se situe au niveau du « faire ». C’est la vision qu’a l’individu de ses propres capacités, de ce qu’il peut mettre en place ou non. Elle se rattache davantage à la notion de compétence.

Ainsi, un élève peut avoir une solide estime de lui (« Je suis quelqu’un de bien ») mais manquer de confiance en lui (« Je ne suis pas capable de réussir »), et inversement. Ainsi, même si les deux notions sont intimement liées, il est important de les distinguer afin d’identifier de quel ordre est la difficulté rencontrée.

Confiance en soi : se sentir capable de réussir

La confiance en soi est donc la conscience de ses propres forces et faiblesses tout en étant à l’aise avec soi-même et face aux autres.

La confiance en soi relève de plusieurs aspects :

  • La vision que porte l’élève sur ses propres compétences, c’est l’évaluation qui est faite des ressources,
  • La vision que porte l’élève sur la tâche à accomplir, c’est l’évaluation du domaine d’action.

Elle se résume donc à l’adéquation entre les ressources et la perception de la tâche à entreprendre. Ainsi, elle va fluctuer selon les domaines. Un élève peut se sentir compétent et capable de réussir en mathématiques mais incapable de réussir dès lors qu’il s’agit de rédiger en français ou en histoire, par exemple.

Elle se construit par l’expérience de vie et dans le rapport aux autres. Contrairement à l’estime de soi, qui est davantage intériorisée, la confiance en soi évolue quasiment quotidiennement en fonction du vécu et de la confrontation aux autres.

Manque de confiance en soi, quelles conséquences ?

Naturellement, la réussite scolaire est étroitement liée à la vision qu’a l’élève de ses propres capacités. Dès le plus jeune âge, l’enfant se construit une représentation de ce qu’il sait et peut faire ou non, en fonction de son expérience familiale, sociale et scolaire.

Le manque de confiance en soi peut ainsi générer de grosses difficultés dans les apprentissages, surtout s’il est lié à ce qui est vécu comme un échec. Prenons un exemple concret : votre enfant travaille intensément, de longues heures, plusieurs fois dans la semaine, en vue d’un gros contrôle. Les efforts sont manifestes. Le contrôle arrive. Puis la note… Et là… un 6. Dans ce genre de situation, il peut se passer beaucoup de choses dans la tête de votre enfant.

D’abord, cette note sera vécue comme un échec. En effet, avoir dépensé tant d’énergie et de temps pour si peu de résultats sera forcément vécu comme un échec. Et cela entamera sa confiance en soi. Créant ainsi un cercle vicieux : mauvaise note => échec => manque de confiance.

De plus, parfois, cela peut même aller plus loin. Il faut savoir que dans certain cas, l’échec scolaire s’avère beaucoup plus « rentable » pour l’estime de soi et la confiance en soi. En effet, travailler très dur pour avoir une mauvaise note impacte la confiance en soi. Cela peut être traduit comme une incapacité, comme un manque de confiance en ses capacités à réussir ; la preuve, votre enfant a connu un échec. De ce fait, certains se placent volontairement en situation d’échec. Ainsi, ne pas travailler et avoir une mauvaise note devient « normal ». La mauvaise note est vécue différemment, car il n’y a pas eu de travail derrière. La confiance en soi n’est donc pas impactée. Alors qu’en travaillant dur pour avoir une mauvaise note, la confiance en soi est endommagée. C’est ainsi que pour certains, l’échec scolaire volontaire devient plus rentable en matière de confiance en soi.

Il faut impérativement briser ce cercle-là.

Des études ont montré que dès la classe de CP, un élève se considère comme « bon » ou « mauvais ». Il statue déjà sur ses points forts, comme par exemple « Je suis bon en maths », et sur ses points faibles du genre « Je suis nul en géographie ». Il construit cette image en fonction de ses réussites et de ses échecs, du retour de ses enseignants et de ses parents mais aussi de la comparaison à ses pairs.

Il est prouvé que les compétences réelles de l’élève se modifient en fonction de cette vision qu’il a de lui-même.

Le manque de confiance confronte également l’élève au stress négatif. En effet, le stress est normalement conçu pour aiguiser nos capacités afin de faire face à une situation exceptionnelle. Dès lors que l’élève ne se sent pas capable de faire face à cette situation, le stress se mue bien souvent en sidération, il perd ses moyens et semble tout oublier.

Le manque de confiance en soi et une de ses conséquences sur l’orientation

Le manque de confiance en soi peut aussi être un vrai frein dans la prise de décision et dans les choix, notamment pour les lycéens lors de l’orientation. Un élève qui manque de confiance en lui, qui ne croit pas en sa capacité à réussir, peut se restreindre dans le choix de ses options ou d’une orientation. Prenons le cas d’un élève de seconde qui veut choisir ses options et qui rêverait de faire médecine. Un choix logique pour le passage en première serait maths/physique/SVT. Toutefois, si cet enfant manque de confiance en soi, s’il ne se pense pas capable de se lancer dans ce choix ambitieux, s’il craint de ne pas avoir les capacités pour réussir, il risquera de faire un choix différent, en apparence plus simple, et de changer complètement son orientation et ses débouchés professionnels.

Ainsi, le manque de confiance en soi peut vraiment avoir un impact sur l’orientation scolaire et, à terme, le parcours professionnel d’un enfant. Et il n’y a rien de pire que de choisir une orientation par dépit, que de subir une orientation au lieu de la choisir. Avoir confiance en soi et se sentir capable de réussir est donc, pour nos enfants, le meilleur moyen de faire des choix éclairés.

La confiance à la base des apprentissages

Apprendre, c’est se mettre en danger, il faut donc une grande sécurité intérieure pour prendre le risque de réussir, d’aller chercher plus loin. Apprendre, c’est remettre en question ce que l’on connaît déjà, sa vision du monde, ses représentations.

La confiance en soi ne peut s’acquérir que par sa propre expérience. Il est parfois difficile en tant que parent de voir son enfant utiliser des méthodes ou avoir des comportements qui, de notre point de vue, vont le mener à l’échec. Mais est-ce que ce ne sont pas nos propres échecs qui nous ont permis de grandir et d’apprendre ? Les enfants ont besoin de s’approprier tant leurs victoires que leurs échecs et ainsi de constituer eux-mêmes leur vécu et leur expérience. Il est bien souvent nécessaire de lâcher prise et de les laisser élaborer leurs propres stratégies pour leur permettre de prendre confiance en leurs capacités.

L’enfant qui apprend à marcher est une très bonne illustration : le parent sait que l’enfant va y arriver et que ce n’est qu’en le lâchant que cela se produira. L’adulte est encourageant et sait qu’il faudra plus de 1000 chutes pour que le bambin y arrive enfin. C’est par l’expérience qu’il peut enfin y parvenir. Dans ce cas, jamais l’adulte ne doute de sa réussite et il lui permet ainsi de développer ses propres capacités.

L’importance du regard de l’autre : l’effet Pygmalion

Le regard, les attentes d’une personne, d’un enseignant, d’un parent, d’un tuteur ou mentor en tout genre, peuvent en effet modifier la perception qu’un enfant a de lui-même, modifier la confiance qu’il a en lui, et avoir un impact sur ses comportements scolaires et ses résultats.

Il s’agit d’un phénomène étudié et mesuré depuis plusieurs années, que l’on appelle « l’effet Pygmalion » ou « effet des attentes », selon lequel les attentes des enseignants dans la réussite ou l’échec scolaire des élèves joue un rôle important. Ces études tendent à montrer que les impressions, croyances, perceptions ou autres attentes que nous avons à l’égard d’un enfant peuvent orienter nos pensées et nos comportements envers cet enfant, et en retour influencer les pensées et comportements de celui-ci.

Une des premières expériences sur le sujet consistait à renseigner des enseignants sur le « statut » des élèves de leur classe : bon ou mauvais élève. Les profils ont été donnés de manière aléatoire, certains élèves en réussite sont donc catalogués comme en difficulté et inversement. On mesure en fin d’année les progrès réalisés par les élèves : les élèves perçus comme « doués » par l’enseignant ont largement progressé alors que les élèves perçus comme « en difficulté » ont vu leurs résultats stagner, voire reculer.

S’il y a, il est vrai, plusieurs mécanismes qui peuvent expliquer cet effet Pygmalion, les études suivantes ont continué à montrer que selon le regard qui était porté sur l’enfant, les progrès étaient différents. Ce qu’il faut retenir, c’est que la croyance que l’on porte sur l’enfant influe sur la vision qu’il se fait de lui-même.

Ce qui veut aussi dire qu’il suffit parfois d’une personne qui porte un regard bienveillant, encourageant, valorisant, et qui accompagne l’enfant en ayant confiance en lui, pour lui redonner confiance et le voir s’épanouir.

Ainsi, la confiance en soi est aussi étroitement liée à la confiance dans l’autre. Si l’enseignant, le parent, l’ami croit en l’élève, lui permet de voir son propre potentiel, si la relation est source de sécurité, elle lui permet de se construire en toute confiance. L’autre ne peut pas donner la confiance mais permet de la construire.

Reprendre confiance, ça se travaille !

La confiance en soi n’est pas innée. Ainsi, le manque de confiance n’est pas une fatalité qui doit condamner une scolarité.

Il n’y a pas de recette miracle, augmenter sa confiance en soi est une démarche qui nécessite un travail sur soi, de bien se connaître et de mettre en place des actions au quotidien :

  • Faire de la difficulté de l’épreuve une occasion, un point de départ
  • Prendre des points de comparaison propres à soi, favorables à soi : ne pas se comparer à son frère, sa sœur ou au voisin, et trouver des modèles qui nous inspirent
  • Lister ses qualités et ses points forts, les points à travailler
  • Faites le bilan de vos moments difficiles passés : ont-ils été aussi terribles que ce que vous aviez envisagé ? Ne vous ont-ils pas permis de progresser ?
  • Développer l’état d’esprit de croissance, un état d’esprit positif axé sur la solution plutôt que sur le problème
  • Se fixer de petits objectifs et se récompenser !
  • S’écouter, faire ses propres choix, construire sa propre expérience
  • Se concentrer sur soi et non sur l’environnement qu’on ne maîtrise pas
  • Rapport à l’erreur : ne pas trop se blâmer pour ses échecs tandis qu’on se désolidarise de ses victoires

Plus l’élève a confiance en soi, plus il va développer une approche globale des apprentissages. Ainsi, il saura se concentrer sur ce qu’il sait et sur ce qu’il sait faire. Nul besoin alors de tout apprendre par cœur pendant des heures pour se rassurer. Ainsi, plus on améliore la confiance en soi, plus le travail devient efficace. Cela entraîne moins de stress, moins de fatigue et de meilleurs résultats. Il peut s’engager de manière volontaire dans des taches plus complexes.

En conclusion, retenons cette citation d’un auteur inconnu : « Un oiseau assis sur un arbre n’a jamais peur que la branche casse, parce que sa confiance n’est pas dans la branche, mais dans ses propres ailes. » Aidons donc nos enfants à avoir confiance en leurs propres ailes, non dans les branches sur lesquelles ils sont posés. Qu’ils n’aient pas peur de l’échec, car ils auront confiance en eux et ils sauront qu’ils auront les ressources, qu’ils sont capables d’avancer. Aidons-les à puiser dans leur réservoir de confiance, à trouver en eux la force de faire des projets, de se sentir capables… Portons sur eux un regard bienveillant et plein de confiance… Et à coup sûr nous les verrons quitter le nid et voler de leurs propres ailes.

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L'auteur
Guillaume est responsable du centre Acadomia de Béziers, dans lequel il accompagne parents et enfants de tous niveaux. De plus, il enseigne le français pour les élèves de 2nd et de 1ere, les préparant aux épreuves du bac. Il anime aussi des Live Facebook en compagnie de Manon Dauzat sur des thématiques parascolaires.
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L'auteur
Guillaume est responsable du centre Acadomia de Béziers, dans lequel il accompagne parents et enfants de tous niveaux. De plus, il enseigne le français pour les élèves de 2nd et de 1ere, les préparant aux épreuves du bac. Il anime aussi des Live Facebook en compagnie de Manon Dauzat sur des thématiques parascolaires.

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