Fake news, complotisme : comment lui apprendre à distinguer le vrai du faux ?

26 octobre 2020
Aider son ado à ne pas croire tout ce qu’il voit ou tout ce qu’il lit est donc devenu un enjeu éducatif de premier plan, mais comment faire ?

En 2016, l’université américaine de Stanford publiait les résultats d’une étude alarmante sur la facilité avec laquelle les jeunes peuvent être dupés par des informations fantaisistes ou mensongères. Des conclusions d’autant plus inquiétantes que l’écrasante majorité d’entre eux s’informent sur les réseaux sociaux, où pullulent fake news, deep fakes et autres théories sensationnalistes. Aider son ado à ne pas croire tout ce qu’il voit ou tout ce qu’il lit est donc devenu un enjeu éducatif de premier plan, mais comment faire ?

Se mettre d’accord sur les mots

Le mot « critique », dans son usage courant, est souvent perçu comme quelque chose de négatif. ​On peut donc commencer par préciser que l’esprit critique n’est pas un état d’esprit qui viserait à dénigrer systématiquement, à « dire du mal » par principe, en quelque sorte. Faire preuve d’esprit critique, c’est suspendre momentanément son jugement (à propos de ce que l’on voit, entend, lit et parfois même ce que l’on pense) pour prendre le temps d’examiner les éléments qui permettront de porter un jugement éclairé.  Et de décider quelle valeur peut être accordée à telle information, théorie, opinion…

Prévenir tout excès

L’esprit critique est un peu comparable à un filtre, qui permet de faire le tri entre les informations que l’on tient pour valables et les autres. Quand on apprend en quelque sorte à « calibrer » son propre filtre, il faut se garder de deux tentations contraires : tout rejeter ou tout garder.

Ainsi rejeter systématiquement tout ce qui paraît trop étonnant, incroyable ou tout ce qui est trop désagréable à son opinion personnelle n’est pas faire preuve critique mais de rigidité de pensée.​ À l’inverse, faire preuve d’une trop grande souplesse intellectuelle et refuser de trancher, douter de tout par principe, prôner un relativisme total, est également l’opposé de l’esprit critique.

Se défier des biais cognitifs

Un biais cognitif, c’est un mécanisme de pensée rapide et automatique qui ne se fonde pas forcément sur des principes rationnels. ​Chacun a par exemple tendance à privilégier les informations confirmant ses convictions et à négliger voire à discréditer celles qui les contredisent : il s’agit du biais de confirmation. C’est pourquoi il est important d’apprendre à multiplier ses sources afin de pas s’enfermer dans une « bulle » informative. ​ Le biais de disponibilité consiste quant à lui à nous baser sur les renseignements immédiatement disponibles à notre mémoire, souvent les plus récents, sans chercher éclairer la question sous un angle plus objectif.  Prendre du recul et envisager l’information de façon dépassionnée est un moyen de lutter contre ce biais, en particulier sur les sujets à forte charge émotionnelle.​

Distinguer les faits de opinions

Les ados ont souvent des difficultés à faire la différence entre un fait, c’est-à-dire un élément réel qu’on peut situer dans l’espace et le temps, et leur avis personnel, donc absolument subjectif et contestable, à propos de ce fait.  On peut également faire une distinction entre une opinion et une interprétation : l’opinion n’est pas nécessairement fondée sur des faits (par exemple, trouver ou non tel vêtement joli), alors que l’interprétation s’appuie forcément sur des faits.

Et surtout, toujours se poser 5 questions face à une information

Pour repérer une fake news, habituez avant tout votre ado à se demander qui est l’auteur, de quoi il est question exactement, de quand date l’information et d’où elle provient, comment elle est présentée et pourquoi elle est publiée. Dites-lui de faire particulièrement au :

  • Qui : si l’auteur de l’information n’est pas identifiable, si celui-ci ne fait que relayer une information prise sur un autre site ou s’il n’a aucune compétence dans le domaine de connaissances qu’il aborde, on se méfie !
  • Quoi : les ados (et pas seulement eux) ne vont parfois pas plus loin qu’un titre accrocheur, et ne lisent pas l’information en détail. Avant de partager ou de relayer, il faut être bien sûr du contenu et vérifier les sources. S’il n’y en pas, la prudence est de mise.
  • Quand, où : vous trouverez facilement des exemples de fakes news fondées sur des photos prises à tout autre moment où dans un tout autre endroit que ceux auxquels l’information supposée faisait référence. Apprendre à ne pas prendre une simple photo pour une preuve irréfutable est important, car c’est souvent sur ce type de manipulation que se fondent les informations malveillantes.
  • Comment : c’est le moment de mettre à profit les cours de français et de montrer que la façon dont une information est présentée et rédigée en dit beaucoup sur son degré de sérieux !
  • Pourquoi : le but dans lequel une information est publiée n’est pas toujours bien compris; quelques sites pourtant connus pour être parodiques, comme le Gorafi, ont souvent vu leurs informations prises au sérieux, parfois mêmes par d’autres médias… Pour lever le doute, on regarde les autres publications du site.

Proposer des outils  

S’il est si tentant de céder au sensationnalisme d’une information, c’est qu’il peut être difficile de la réfuter. Si votre ado ne veut pas démordre de la dernière théorie à la mode, ces quelques sites pourront vous aider à mettre au jour les incohérences, les info obsolètes ou caricaturales.​

  • Hoakbuster, site Web collaboratif qui vérifie les rumeurs circulant sur le Web
  • Hoakiller, moteur de recherche pour vérifier le texte d’un message ou d’une publication suspecte.
  • YouTube data viewer, outil proposé par Amnesty international pour savoir si une vidéo a déjà été utilisée, par qui et comment. Fonctionne uniquement avec les vidéo You Tube.
  • Google image ou TinEye permettent de faire une recherche inversée pour trouver la source d’une photo. ​
  • Enfin (pour les lycées déjà un peu aguerris) les chaînes YouTube « Hygiène Mentale » et « La tronche en biais » proposent des cours d’« auto-défense intellectuelle »
L'auteur
Laëtitia Leroy est responsable du service pédagogie Acadomia . Elle conçoit et supervise les solutions d’accompagnement proposées à nos élèves pour la réussite de leur scolarité dans le secondaire, dans le champ disciplinaire comme dans le cadre parascolaire (méthodologie et stratégies d’apprentissages, développement personnel…).
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Laëtitia Leroy est responsable du service pédagogie Acadomia . Elle conçoit et supervise les solutions d’accompagnement proposées à nos élèves pour la réussite de leur scolarité dans le secondaire, dans le champ disciplinaire comme dans le cadre parascolaire (méthodologie et stratégies d’apprentissages, développement personnel…).

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