La réforme de médecine et ses incidences

Article mis à jour le 4 mai 2020 - 1 Commentaire(s)
La réforme de médecine, initiée dans le cadre du plan Ma Santé 2022, prendra effet à la rentrée 2020.

La réforme de médecine, initiée dans le cadre du plan Ma Santé 2022, prendra effet à la rentrée 2020.

Son objectif affiché est triple :

  • Dénouer le problème de l’important pourcentage d’échec en première année de médecine par une réorientation facilitée et une sélectivité progressive sur 3 ans,
  • Diversifier les profils des personnels soignants,
  • Résoudre le problème des déserts médicaux.

Ses applications sont précisées dans l’arrêté du 4 novembre 2019 et s’inspirent de plusieurs dispositifs antérieurs (AlterPACES, PluriPASS, PACES One…) mis en test dans certaines universités.

Pour vous aider à appréhender ces nouvelles études de médecine et y réussir, décryptons ensemble les changements à venir à partir de la rentrée prochaine et les conseils à appliquer en conséquence.

Les changements liés à la réforme

  1. La fin du numerus clausus

Le numerus clausus, au cœur du problème, est probablement l’élément à l’origine de la volonté de réformer les études de santé.

Il désigne le nombre d’étudiants autorisés, par arrêté, à passer en deuxième année d’études de santé et il a pour objectifs d’adapter le nombre d’étudiants formés aux besoins régionaux en personnels médicaux et de garantir de bonnes conditions de formation.

Ainsi, en 2019-20, le numerus clausus limite à 14200 places l’accès en 2e année, toutes universités et filières médicales confondues. Or, chaque année, environ 60 000 étudiants s’inscrivent en première année de médecine : plus de 75 % d’entre eux échoueront.

On reproche donc au numerus clausus de n’évaluer que les compétences académiques, de mettre les étudiants sous une pression permanente et d’occasionner un grand gâchis, celui de tous les étudiants recalés.

En réponse, la réforme remplace le numerus clausus par un numerus apertus, littéralement « un nombre ouvert ». Chaque université fixera le nombre de places ouvertes en 2e année dans une fourchette définie en collaboration avec l’ARS (Agence Régionale de Santé).

L’objectif fixé par la réforme est de former 20 % de médecins supplémentaires au niveau national.

  1. L’ouverture à trois voies d’accès

Exit aussi la PACES (première année commune aux études de santé) mise en place depuis 2010 ! Désormais, trois voies permettront d’accéder au DFG2 (diplôme de formation générale 2) dans une des filières santé proposées :

  • Le PASS (Parcours d’Accès Spécifique Santé) : majeure santé & mineure généraliste

Voie reine, ce parcours est le plus comparable à la PACES. Il préparera à l’ensemble des filières Médecine, Maïeutique, Odontologie, Pharmacie et Kinésithérapie (pour les universités la proposant). Il sera disponible dans les villes dotées d’une université de santé. Environ 60 % des places disponibles en deuxième année, toutes filières médicales confondues, seront réservées aux étudiants du PASS.

Concernant l’enseignement en PASS, chaque université sera libre de proposer son offre pédagogique, qui devra être dévoilée au plus tard à la fin de l’année scolaire 19-20.

La scolarité y sera toutefois assez similaire à celle proposée jusqu’ici en PACES. Il s’agira principalement de sciences fondamentales (physique, statistiques, etc.), de sciences médicales (physiologie, anatomie, etc.) et de sciences humaines et sociales (histoire du médicament, SSH, etc.). Des cours d’anglais, des modules de découverte des métiers médicaux, parfois un stage ainsi qu’une préparation au concours d’entrée en deuxième année devraient également être au programme. Nouveauté, ce parcours sera aussi assorti d’une mineure généraliste, à savoir une option au choix de l’étudiant, qui permettra aux recalés à l’entrée en deuxième année de se réorienter plus facilement. Théoriquement, cette mineure pourra être issue de n’importe quel domaine disponible dans l’offre pédagogique de l’université (droit, gestion, psychologie, etc.) mais nombre d’étudiants opteront probablement pour une mineure scientifique en cohérence avec leur profil scolaire et la perspective de repasser le concours de médecine s’ils échouaient en première tentative.

Concernant la validation du PASS, les modes d’évaluation restent encore incertains, d’autant plus que là encore, ils seront laissés en bonne partie à l’appréciation de chaque université. Le 100 % QCM en épreuves finales de semestre va toutefois disparaître pour laisser davantage de place au contrôle continu et à de nouvelles formes d’évaluation comme des épreuves rédactionnelles, orales ou encore un rapport de stage.

Un étudiant qui ne validerait pas son année (moyenne inférieure à 10/20) devra se réorienter en première année dans une autre filière puisque le redoublement du PASS est impossible. Il pourra alors se diriger vers un cursus conforme à sa mineure ou vers tout autre domaine. Pour ce faire, il devra repasser par la procédure Parcoursup comme il l’avait fait en terminale.

Concernant l’accès aux filières médicales en DFG2, les textes ne sont pas totalement clairs. A priori un étudiant qui y serait reçu automatiquement (par un résultat égal ou supérieur à la moyenne plancher) pourrait choisir sa filière préférentielle, par ordre de classement en fonction de ses résultats, selon un nombre défini de places disponibles pour chaque branche. Pour un étudiant reçu-collé devant passer les épreuves complémentaires, il choisirait les filières qu’il souhaite tenter et passerait en conséquence les épreuves correspondantes.

  • La L.AS (Licence Accès Santé) : majeure généraliste & mineure santé

Grande nouveauté de la réforme, la L.AS permet désormais elle aussi de rejoindre le DFG2 en études de santé. Cette voie consiste en une licence classique portant principalement sur une majeure « hors santé » (licence d’économie, de physique, de droit, etc.). En complément, une mineure « accès santé » apportera des compétences nécessaires à la passerelle en études médicales.

Côté programme, la majeure partie des enseignements seront les mêmes que ceux suivis dans la licence générale correspondante. Ainsi, un étudiant inscrit en L.AS Droit assistera aux cours de droit civil, de droit constitutionnel, d’histoire des institutions, etc.

Les heures complémentaires de l’option « accès santé » dispenseront des enseignements dans les matières médicales (biophysique, biochimie, etc.). On estime qu’entre 10 et 20 crédits ECTS seront consacrés à cette option sur le total de 60, cette répartition étant définie par chaque université. L’option ne permettra pas nécessairement de développer des compétences dans tous les domaines MMOP(K), certaines universités ne proposant des options que pour un seul des cinq domaines par exemple. Le cas échéant, l’option n’ouvre droit à candidature que dans la/les filière(s) préparée(s).

Concernant la validation de la L.AS, elle s’opérera classiquement par la réussite aux examens et partiels (en majeure comme en mineure) en y obtenant une moyenne au moins égale à 10/20 qui permettra l’entrée en L.AS2.

Pour l’accès aux filières MMOP(K), contrairement au PASS, les meilleurs étudiants de L.AS ne pourront pas bénéficier d’un accès automatique en deuxième année d’études de santé. Tous ceux qui y prétendent devront avoir nécessairement validé tous les ECTS de la mineure santé d’une part, mais surtout réussir le concours d’entrée d’autre part. Ils sont libres de le passer quand ils le souhaitent durant leurs trois années de licence, et le nombre de tentatives est limité à deux comme pour le PASS. Ce sont environ 40 % des places disponibles en DFG2 qui seront réservées aux étudiants de L.AS. Le nombre de places offertes au concours dépendra du niveau mais aussi des « groupes de parcours » définis selon les mentions de licence.

  • La passerelle paramédicale

Tout comme pour les étudiants de L.AS, ceux engagés dans une filière paramédicale (infirmier, podologue, psychomotricien, etc.) pourront également candidater en études de santé après avoir justifié d’au moins une année postbac validée. À cette condition, ils pourront tenter les concours MMOP(K) pour une entrée en DFG2.

Cet accès par la voie paramédicale ne sera toutefois pas permis dans toutes les académies et sera limité à très peu de prétendants. On avance le chiffre de deux candidats par institut, mais cela reste à confirmer. Dans tous les cas, les places seront très « chères ».

Les conseils pour ces nouveaux parcours Médecine

  1. Comment choisir sa voie d’accès ?

C’est une question qui n’a pas de réponse unique car ce sont le profil et l’ambition de chaque étudiant qui doivent motiver ce choix.

Un étudiant au profil scientifique (idéalement issu d’une terminale S générale), avec de bons résultats en mathématiques, physique-chimie et biologie, et disposant d’une forte vocation pour les métiers de la santé, a tout intérêt à choisir le PASS. Il lui permettra d’accéder plus rapidement à des enseignements correspondant à ses ambitions et lui donnera les meilleures chances de réussir son projet puisque le nombre de places allouées en DFG2 est plus important en PASS que pour toute autre voie.

La L.AS est plutôt recommandée pour un élève :

– attiré par la médecine mais qui hésite avec un autre domaine professionnel,

– ne disposant pas de résultats vraiment solides en terminale dans les matières scientifiques,

– étant issu d’une autre filière de terminale que la générale scientifique (comme par exemple ES, ST2S, etc.),

– devant renforcer sa force de travail personnel car, en PASS, on estime le travail à 8 heures en moyenne par jour, y compris les week-ends et pendant les vacances.

Cette voie permet en effet de se donner davantage de temps pour affiner son projet professionnel mais aussi pour gagner en compétence dans les disciplines scientifiques qui restent le cœur des aptitudes en médecine, en particulier les premières années.

L’accès par la passerelle paramédicale étant très restreint, ce n’est pas le projet des études de santé qui doit motiver ce choix. Il faut avant tout avoir une réelle envie d’exercer dans le domaine paramédical. Si, au cours des premières années de formation, un étudiant réalise qu’il survole le niveau et que ses aspirations le mènent finalement vers une autre carrière, il pourra alors candidater au DFG2 MMOP(K).

  1. Pour quelle L.AS opter ?

Lorsqu’on choisit l’accès L.AS, il faut également se pencher sérieusement sur le domaine de sa majeure car ce choix conditionnera la poursuite d’études en cas d’échec aux concours.

Toutes les universités et les filières de licence ne proposent pas la mineure « accès santé ». Une cartographie permet de prendre connaissance de l’offre de formation (450 L.AS dans 6 univers) et de sa répartition sur le territoire. Si un étudiant souhaite rester dans son académie, les choix sur la dominante de sa L.AS seront donc restreints à l’offre des universités de sa région.

Ensuite, le choix de la mention de la L.AS doit être lié à une vraie motivation pour les métiers correspondants, ce qui suppose d’avoir fait des recherches poussées sur le sujet.

Également, il est bien sûr judicieux de choisir une licence qui mobilise des connaissances dans des disciplines où on a déjà de bons résultats.

Enfin, pour un étudiant s’inscrivant en L.AS avec le projet certain de candidater aux concours MMOP(K), il est malgré tout vivement recommandé de s’inscrire dans une licence scientifique, car ses enseignements de majeure contribueront également à le préparer aux épreuves en plus des cours de mineure. Ainsi, pour un aspirant Pharma, on pourra recommander une licence de chimie. Pour un aspirant Médecine, Odontologie ou Maïeutique, on conseillera plutôt une licence de physique. Pour un aspirant en kinésithérapie, on pourra envisager une STAPS voire une L1 de mathématiques.

Dans tous les cas, il faudra être particulièrement vigilant au moment du choix de la mention de licence car certaines L.AS proposées n’ouvrent pas droit à tous les concours MMOP(K).

  1. Pour quelle mineure de PASS opter ?

Là encore, il n’y a pas de réponse toute faite.

C’est certain, les étudiants de PASS doivent soigner le choix de leur mineure car le taux d’échec à l’entrée en DFG2 étant élevé, beaucoup poursuivront leurs études dans le domaine de cette mineure.

Il faudra donc également prendre cette décision en tenant compte de l’offre des universités, de ses résultats scolaires de terminale et plus encore de l’intérêt pour le domaine professionnel.

  1. En L.AS ou en paramédical, quand passer les concours MMOP(K) ?

En L.AS ou en filière paramédicale, il est conseillé de tenter le concours en fin de deuxième année. Ainsi, les étudiants auront profité des deux premières années de leur cursus pour préparer les concours, et pourront éventuellement retenter leur chance lorsqu’ils seront en troisième année. En cas d’échec à cette seconde tentative, cette stratégie aura permis de valider un diplôme de niveau bac+3 qui donnera alors accès à une poursuite d’études en master ou au monde du travail.

  1. Comment réussir les concours MMOP(K) ?

Qu’on ne s’y trompe pas, la réforme ne rendra pas plus facile l’accès en deuxième année. Même si le numerus clausus disparaît et que l’ambition est de former 20 % de médecins en plus qu’aujourd’hui, cette ouverture à trois voies d’accès en lieu et place de l’unique PACES va créer des vocations. Il devrait y avoir bien plus de candidats, mais, en face, toujours la même capacité d’accueil en université (et en hôpitaux pour les stages). La sélection sera donc au moins aussi forte qu’auparavant.

Par conséquent, pour réussir les concours, il faudra fournir de gros efforts en :

  • utilisant le cycle du lycée pour se forger une force de travail, de mémorisation et de méthode,
  • travaillant sérieusement toutes les matières : les sciences bien entendu, mais sans délaisser les disciplines rédactionnelles ni l’anglais,
  • se préparant physiquement et mentalement à une année difficile,
  • apprenant à s’organiser et à s’appliquer une autodiscipline,
  • se focalisant sur une filière MMOP(K) préférentielle pour ne pas se disperser,
  • se faisant accompagner, si besoin est, avec des cours complémentaires pendant l’année de supérieur pour ne prendre aucun retard.
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1 Commentaire(s)
  • Nicol Le 11 mai 2020

    Oui bien utile pour mieux comprendre les choses !!

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