Les soft skills : une nouvelle priorité dans l’éducation ?

Article mis à jour le 8 janvier 2020
Le mot surgit dès lors que l’on évoque la question des compétences dont les jeunes auront besoin pour relever les défis du monde – bien incertain – de demain : les « soft skills » ;

Le mot surgit dès lors que l’on évoque la question des compétences dont les jeunes auront besoin pour relever les défis du monde – bien incertain – de demain : les « soft skills » ; lidée que celles-ci sont indispensables pour faire face aux enjeux à venir semble faire consensus. On en voudra pour preuve que les responsables de PISA le programme international qui vise à tester les compétences des élèves de 15 ans en lecture, sciences et mathématiques ont annoncé leur volonté d’intégrer l’évaluation des soft skills à leur célèbre classement. Mais de quoi est-il question exactement quand on parle de soft skills et pourquoi celles-ci devraient-elles devenir une priorité dans l’éducation ? 

Les soft skills, qu’est-ce que c’est ?

Ce terme anglo-saxon, qui signifie littéralement « compétences douces » est assez malaisé à délimiter. Il peut se définir en creux par opposition aux « hard skills » qui désignent toutes les compétences concrètes, démontrablesou quantifiables acquises par un individu au cours de sa formation scolaire ou professionnelle et validées par des certificats ou des diplômes. La maîtrise d’un domaine de connaissance, d’une langue étrangère, d’un logiciel, d’un langage technique sont par exemple des hard skills. 

Les soft skills, quant à elles, rassemblent toutes les compétences informelles qui relèvent du savoir-être et se traduisent dans le comportement d’un individu dans un cadre professionnel : l’adaptabilité, la capacité à s’organiser, à gérer son temps, à bien communiquer, à travailler en équipe, etc. Ce sont bien des compétences et non des traits de personnalité : ces capacités ne sont pas innées et on considère donc possible de les développer, de les cultiver et de les enseigner. 

Depuis longtemps conceptualisées et valorisées dans le monde anglo-saxon, les soft skills deviennent peu à peu un critère déterminant pour les employeurs en France et, par conséquent, un enjeu dans la formation scolaire et professionnelle. 

Pourquoi sont-elles devenues si importantes ?

L’idée que la performance et la réussite d’un individu ou d’une entreprise ne repose pas seulement sur les connaissances ou l’expertise technique mais aussi sur les savoirêtre comportementaux et sociaux s’est imposée à partir des années 1990. Cette émergence est étroitement liée au développement des nouvelles technologies, qui ont bouleversé l’accès à l’information, devenue moins verticale, fait surgir de nouveaux outils et méthodes de travail et transformé certains métiers en profondeur en faisant disparaître les tâches routinières. Ces changements inédits ont nécessité une adaptabilité comportementale accrue. 

Et ce mouvement est loin d’être achevé : d’autres mutations du même ordre sont à venir, avec le développement de l’automatisation, de la robotisation et les progrès annoncés de l’intelligence artificielle. Dans ce contexte, comment former à des métiers qui n’existent pas encore ? Pourquoi développer des compétences techniques qui risquent de devenir obsolètes de plus en plus rapidement ? Les compétences sociales et comportementales échappent elles à ces incertitudes et même permettront de mieux trouver sa place dans le monde du travail de demain.  En somme, il s’agit désormais de miser, dans la formation comme dans le recrutement, sur l’ensemble des compétences impossibles à déléguer à un robot : ce qui relève de l’humain. 

Quelles soft skills pour demain ?

Au cours des vingt dernières années, nombre d’organisations internationales, commissions, gouvernements, et institutions privées ont tenté de définir les compétences requises pour relever les défis du XXIe siècle. Cynthia Luna Scott les a recensés dans un document élaboré pour l’UNESCO. L’une de ces listes de compétences, élaborée par une coalition de dirigeants d’entreprises et d’éducateurs, a été reprise par l’OCDE et adoptée par le système scolaire américain. Selon cette classification, les compétences-clés à développer sont les « 4 C » :  

  • Critical Thinking : l’esprit critique, afin de savoir résoudre des problèmes complexes, examiner la validité d’une information et remettre en question les idées reçues.

  • Creativity: la créativité, afin de pouvoir proposer des solutions nouvelles, innovantes face aux problèmes rencontrés, inventer de nouvelles façons de travailler, plus efficaces et, de façon générale, ouvrir de nouvelles pistes de réflexion.

  • Communication : savoir communiquer, c’estàdire être en mesure de transmettre ses idées clairement à l’écrit comme à l’oral, de se montrer convaincant, de mener des échanges constructifs avec ses pairs. 

  • Collaboration : cette dimension concerne l’esprit d’entraide, qui permet de travailler de façon fructueuse en équipe, de s’investir dans des projets collectifs, mais aussi d’apprendre de ses pairs et de leur faire confiance. 

Toutes ces compétences sont transversales, croisées, dans le sens où chacune a un impact sur l’autre et qu’il n’est donc pas possible d’établir un classement de leur importance relative. Cet impératif de polyvalence est d’autant plus exigeant qu’il ne concerne pas un ensemble de savoirs finis et implique donc de se placer dans une posture d’apprentissage permanent. 

Quelles différences entre les soft skills et les life skills?

Le concept de « life skills » ou « compétences psychosociales » est introduit en 1993 par l’Organisation Mondiale de la Santé, qui les définit ainsi : « Les compétences psychosociales sont la capacité d’une personne à répondre avec efficacité aux exigences et aux épreuves de la vie quotidienne. C’est l’aptitude d’une personne à maintenir un état de bien-être mental, en adoptant un comportement approprié et positif à l’occasion des relations entretenues avec les autres, sa propre culture et son environnement. » 

L’OMS subdivise tout d’abord cette compétence globale en cinq paires de « sous compétences » :  

  • savoir résoudre des problèmes, savoir prendre des décisions.

  • avoir une pensée critique, avoir une pensée créative.

  • savoir communiquer efficacement, être habile dans les relations interpersonnelles.

  • savoir conscience de soi ; avoir de l’empathie.

  • savoir réguler ses émotions, savoir gérer son stress.  

En 2003, l’OMS affine cette classification en redéfinissant trois grandes catégories de compétences :  

  1. Les compétences sociales qui concernent la communication (expression, écoute) ; la résistance à la pression (affirmation de soi, négociation, gestion des conflits) ; l’empathie ; la coopération et collaboration en groupe ; le plaidoyer (persuasion, influence)

  2. Les compétences cognitives, qui concernent la prise de décision et de résolution de problème, la pensée critique et l’autoévaluation.

  3. Les compétences émotionnelles qui visent la gestion de la colère et de l’anxiété, la gestion du stress, la confiance et l’estime de soi. 

Les « life skills », comme leur nom l’indique, ont un cadre d’application a priori plus large que celui les soft skills, puisqu’elles s’appliquent à la vie personnelle et non plus seulement scolaire ou professionnelle. Les compétences mises en jeu sont, on le voit, identiques, les life skills constituant en quelque sorte le socle des soft skills. 

Quelle place pour les « compétences douces » à l’école ?

Les programmes de l’Éducation nationale entrés en vigueur depuis 2016 pour l’école primaire et le collège intègrent désormais les compétences psychosociales pointées par l’OMS au travers des cinq domaines du socle commun de connaissances : le domaine 1, consacré aux « langages pour penser et communiquer » comprend par exemple l’exercice de l’esprit critique, l’expression personnelle et l’écoute d’autrui, le domaine 2 lié aux « méthodes et outils pour apprendre » accorde une large place à la gestion du temps, à la coopération et collaboration en groupe, etc.  Mais si ces compétentes figurent explicitement dans les programmes scolaires, leur mise en œuvre effective reste encore floue ou malaisée, que les causes en soient la nouveauté de cette problématique, la lourdeur des programmes, le nombre d’élève par classe ou le manque de formation ou de ressources pédagogiques. 

Les formations du supérieur se sont également emparées du sujet, avant tout afin de faciliter l’employabilité future des étudiants : les universités Paris Nanterre et Paris 8 ont ainsi officiellement lancé en mars 2019 le programme So Skilled, qui concernera l’ensemble des étudiants en licence dès 2020 ; à terme, chaque étudiant pourra valider des crédits relevant des soft skills. De son côté, le pôle Léonard de Vinci – qui  regroupe une école de management (EMLV), une école d’Ingénieurs (ESILV) et l’Institut de l’Internet et du Multimédia (IIM) – a créé un programme « soft skills et transversalité » obligatoire et commun à l’ensemble des trois écoles du pôle ;  les étudiants y suivent 350 h de cours et sont évalués au même titre que dans les autres matières. 

Comment développer ses soft skills ?

Toutes les occasions sont bonnes pour développer ses soft skills : elles ne sont en rien des compétences théoriques car elles sont étroitement liées aux émotions et aux relations interpersonnelles. C’est pourquoi il est indispensable de multiplier les expériences, surtout au moment où la personnalité se construit : colonie ou camp de vacances, bénévolat, garde d’enfant, stage, petits travaux et premiers jobs sont autant d’occasion d’étendre ses savoir-être… mais aussi d’en prendre conscience, car identifier ses soft skills n’est pas moins important que de les accroître. 

Développer volontairement une compétence précise demande aussi d’en passer par l’expérience vécue : par exemple, si je décide d’apprendre à mieux communiquer à l’oral, je devrai pour surmonter mes blocages me confronter progressivement à différentes situations de prise de parole en public. C’est un cheminement personnel qui suppose de prendre conscience de ses représentations et de ses comportements pour pouvoir les modifier : il s’agit en cela d’un processus long, qui demande du temps et de la persévérance et peut être facilité par un accompagnement personnalisé ou l’encadrement d’un coach.  

L'auteur
Laëtitia Leroy est coordinatrice pédagogique chez Acadomia. Chargée de veille dans le domaine de l’actualité éducative (enquêtes et études, réformes, nouvelles méthodes et technologies de l’enseignement) elle élabore des outils et des ressources pour accompagner et développer l’ensemble de l’offre pédagogique.
Avez-vous apprécié cet article ?
Please wait...
Merci de noter l'article afin de nous permettre d'améliorer le blog
Laisser un commentaire
Commentaires
*
*

L'auteur
Laëtitia Leroy est coordinatrice pédagogique chez Acadomia. Chargée de veille dans le domaine de l’actualité éducative (enquêtes et études, réformes, nouvelles méthodes et technologies de l’enseignement) elle élabore des outils et des ressources pour accompagner et développer l’ensemble de l’offre pédagogique.

Tags

Articles