La reprise du chemin de l’école dans le monde

Article mis à jour le 12 juin 2020
Après 2 mois de fermeture, les écoles maternelles, les écoles primaires, collèges et lycées ont rouvert petit à petit dans le monde entier.

La crise du Covid-19 a amené la plupart des pays du monde à fermer les écoles et à confiner la population. Après 2 mois de fermeture, les écoles maternelles, les écoles primaires, collèges et lycées ont rouvert petit à petit dans le monde entier. Comment se déroule ce retour à l’école partout dans le monde ? Quels choix ont été opérés et sur quels critères sanitaires et sociaux ?

Les enjeux de la réouverture des écoles face à la crise du Covid-19

D’un virus dont ils ne connaissaient rien, les États ont dû prendre des décisions affectant directement la vie des populations. La fermeture des écoles a été l’une des premières conséquences de la crise.

Lorsqu’il a fallu réagir à l’inattendu

Bien avant que l’on ne sache – à priori – que les enfants transmettent plutôt moins le virus Covid 19 que les adultes, il a fallu réagir sur le canevas d’une épidémie classique. Les rhumes, la grippe et tous les autres coronavirus se propagent en effet rapidement parmi les enfants. Lesquels ne prennent pas d’eux-mêmes des mesures barrières.

Les raisons socio-économiques de la réouverture

La réouverture des écoles porte une dimension essentielle. L’éloignement avec le système éducatif aura, pour une partie des élèves en difficultés, de graves conséquences dont on ne mesure pas encore les effets. Dans tous les cas, il y aura une différence de taille entre différents groupes :

  • Les enfants soutenus par leurs parents et équipés avec le matériel informatique nécessaire pour les cours en ligne.
  • Les enfants décrocheurs ou défavorisés qui ne bénéficient pas des mêmes avantages.
  • Sans oublier ceux qui, éloignés d’un bon réseau internet, n’ont pas pu suivre les cours dans de bonnes conditions.

La crise économique due à l’arrêt de l’activité, entraînant des millions de chômeurs de par le monde, doit aussi être jugulée. Ainsi, rouvrir les écoles, c’est aussi permettre à ceux qui peuvent reprendre le travail de ne pas rester chez eux.

Comment se déroule le retour à l’école ailleurs dans le monde ?

En France, un retour en plusieurs phases et la question des mesures barrières en classe ont fait l’objet d’un important rapport du ministère. Outre l’interdiction des croisements entre les groupes d’élèves, le document proscrit, entre autres, les jeux de contact pendant la récréation. L’initiative d’une école de Tourcoing – qui n’a pas été demandée par le ministère – de former des carrés à la craie, dans lesquels les enfants doivent rester seuls pour jouer, a suscité l’indignation chez certains parents1.

Quelles sont les autres adaptations des différents pays du monde pour faire respecter la distanciation à l’école ? Une chose est en tout cas certaine, dans la majorité des pays, la cloche a de nouveau sonné, mais de manière progressive. En Italie, où la crise a été terrible en particulier en Lombardie, les élèves ne reprendront pas les cours avant septembre. Au Liban, le retour à l’école est planifié sur 5 phases, selon les âges et les examens.

En Chine, un retour à l’école sous surveillance

Dans les pays occidentaux, nous étions encore au cœur de la crise et confinés. Mais sur les écrans de télévision, les images d’enfants chinois de retour à l’école fin avril nous montraient que rien n’était fini là-bas non plus. Sur la tête, chaque bambin portait un chapeau où reposait un ballon en forme de tige, sur 50 cm de chaque côté.

À cela s’ajoute un bulletin de santé quotidien fourni par les parents, week-end compris. Les classes doivent par ailleurs compter 30 élèves au maximum, là où il y en a parfois plus de 50. Si, dans les classes supérieures, ils ne sont pas toujours séparés d’un mètre, tous portent un masque en permanence à l’intérieur, à l’extérieur et pendant les exercices physiques. Des marquages au sol favorisent la fluidité des entrées et des sorties, sans se croiser. Les repas sont quant à eux pris sans masque bien sûr, mais avec des plaques de plexiglas pour séparer les élèves.

En Israël, trouver le bon équilibre pour accueillir les élèves

Le choix s’est fait dans le pays entre la distanciation sociale, la nécessité de renvoyer les parents au travail et celle de maintenir les examens pour les élèves plus âgés. Comme en France, le retour à l’école se fait seulement sur volontariat des parents.

Concrètement, les écoles de Jérusalem et d’autres villes de l’État hébreux accueillent 50 % des élèves trois jours par semaine. Dans les écoles maternelles, la distance entre les enfants étant impossible, les jouets sont catégorisés (bleus ou verts). Si bien que l’autre demi-classe n’utilise pas les mêmes objets.

Dès le début du mois de mai, l’équivalent des classes de primaires, collèges et lycées ont repris le chemin de l’école. Les étudiants retourneront quant à eux en cours début juin.

Au Danemark, une réouverture plus rapide, mais très encadrée

Dès le 15 avril, avant tous les autres pays européens, le Danemark a rouvert ses écoles dans des conditions strictes de distanciation. Ce qui n’a pas manqué d’irriter certains parents considérant que la reprise est arrivée trop tôt2. Si bien que, pour le moment, seulement 50 % des petits Danois ont repris le chemin de l’école.

Dans les classes en revanche, les élèves sont calmes et ne montrent aucun signe d’inquiétude quant à la pandémie. Et ce, malgré les mesures mises en place :

  • Les classes sont divisées par deux, soit 10 élèves au maximum.
  • Des bandes de plastique les éloignent les uns des autres.
  • Les élèves peuvent jouer avec 5 autres camarades seulement (toujours les mêmes) et dans une seule zone de la cour de récréation.

Les élèves des collèges et lycées peuvent de leur côté profiter de cours en extérieur afin de limiter les risques de contagion en milieu fermé.

L’école à l’extérieur, la solution idéale ?

Cette solution de faire cours dehors est d’ailleurs plébiscitée au point qu’une tribune dans le journal Le Monde a réuni des dizaines d’enseignants et de chercheurs. En France néanmoins, faire cours à l’extérieur a toujours été une liberté accordée de manière ponctuelle, à l’occasion d’une sortie de nature ou d’une canicule.

Espacer le terrain éducatif

Mais enseigner en extérieur offre aussi un avantage contre la propagation du virus : fuir la promiscuité d’un lieu clos. Car si les épidémies de grippe par exemple sont favorisées par le froid en hiver, le fait que les gens restent plus souvent ensemble dans des endroits fermés entraîne une hausse des contaminations.

En plus de libérer les élèves dans un espace plus grand, faire classe dehors offre un champ des possibles extraordinaire de découverte de la nature et de liberté intellectuelle. Dans une période anxiogène aussi pour les enfants et les adolescents, apprendre à l’extérieur apporte un moment de détente et même de bonheur. Ils n’apprennent pas seulement en s’amusant, ils interagissent plus facilement avec les autres … tout en respectant les distances.

Les auteurs de la tribune du Monde se montrent particulièrement enthousiastes devant leur initiative qui fait réagir partout en France. Ils travaillent désormais sur ce sujet avec des enseignants, des élus et le ministère de l’Éducation nationale.

Les pays anglo-saxons à la pointe de l’outdoor learning

En Grande-Bretagne et en Écosse, ce mode de fonctionnement appelé « outdoor learning » a de nombreux adeptes jusqu’aux plus hautes instances. Les institutions le promeuvent ainsi de manière systématique dans les écoles. Les élèves peuvent dès lors apprendre sur le vivant et participer à des expérimentations. En Grande-Bretagne, toutes les écoles ou presque ont au moins un professeur formé à l’outdoor learning, avec des séances d’une fois par semaine à 2/3 fois par mois.

Il est par ailleurs intéressant de noter qu’en France cette pratique éducative est encore considérée comme une manière régressive d’enseigner et assimilée à une récréation perpétuelle. À l’inverse, dans les pays anglo-saxons, il s’agit d’un apprentissage innovant sur des aspects concrets plutôt que sur des théories.

Le Covid-19 a bousculé toutes les certitudes, à commencer par celles de l’école classique où les élèves se croisent, apprennent et se chamaillent. Les salles de classe, la cour de récréation, la cantine : dans chacun de ces lieux qui grouillent habituellement, tout le monde doit faire attention. Les pays qui ont décidé de rouvrir les écoles, en privilégiant d’abord les petites sections, l’ont fait avant tout dans un but économique. Mais, derrière cette réalité, les écoles doivent faire selon leurs possibilités et il est intéressant de constater à quel point les lignes bougent aussi sur de nouvelles manières d’enseigner à l’avenir, dans des espaces moins clos.

[1]https://france3-regions.francetvinfo.fr/hauts-de-france/deconfinement-photo-cour-recreation-tourcoing-suscite-emotion-reseaux-sociaux-1827906.html

          [2] https://usbeketrica.com/article/cours-en-plein-air-pupitres-espaces-le-danemark-laboratoire-de-l-ecole-a-l-heure-du-deconfinement

L'auteur
Svenia Busson est une exploratrice de pratiques pédagogiques innovantes. Après un tour du monde des Edtech et innovations éducatives qui lui a permis d’explorer 19 pays différents, elle dirige aujourd’hui LearnSpace, hub d’innovation learning qui accompagne les organisations dans leur transformation apprenante.
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L'auteur
Svenia Busson est une exploratrice de pratiques pédagogiques innovantes. Après un tour du monde des Edtech et innovations éducatives qui lui a permis d’explorer 19 pays différents, elle dirige aujourd’hui LearnSpace, hub d’innovation learning qui accompagne les organisations dans leur transformation apprenante.

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